Pendant que les députés veulent mettre fin aux absences répétées au Parlement, la question de la transhumance politique demeure un angle mort démocratique qui fragilise la confiance des citoyens envers les élus.
À l’Assemblée nationale du Sénégal, les députés ont décidé de durcir le ton contre l’absentéisme parlementaire. Contrôle renforcé, barrières administratives et éventuelles sanctions : le message est clair. Un député élu par le peuple doit être présent pour travailler, voter les lois et défendre les préoccupations des citoyens.
Cette volonté de mettre de l’ordre dans l’hémicycle est salutaire. Car un parlementaire absent est un représentant qui abandonne une partie de sa mission républicaine. Les populations ne votent pas pour des silhouettes silencieuses ou des élus invisibles. Elles attendent des résultats, de la présence et de l’engagement.
Mais au-delà de l’Assemblée nationale, un autre mal gangrène la démocratie sénégalaise : l’absentéisme des élus locaux. Dans plusieurs collectivités territoriales, des conseillers municipaux ou départementaux brillent par leur silence et leur absence. Certains ne participent presque jamais aux sessions, mais continuent de bénéficier des avantages liés à leur statut. Cette situation mérite un véritable débat national.
Cependant, le sujet le plus sensible reste la transhumance politique.
Au Sénégal, certains responsables politiques changent de camp au gré des intérêts du moment. Hier opposants farouches, aujourd’hui alliés du pouvoir ; aujourd’hui fidèles, demain nouveaux adversaires. Cette mobilité politique opportuniste n’est souvent guidée ni par des convictions idéologiques ni par l’intérêt général, mais par la protection d’arrières-gardes politiques, judiciaires ou financières.
La transhumance est devenue, pour certains, un mécanisme de survie personnelle. Elle affaiblit les partis, trahit les électeurs et brouille les repères démocratiques. Comment un citoyen peut-il encore croire au discours d’un élu qui défend aujourd’hui ce qu’il combattait hier avec virulence ?
Cette pratique constitue un frein sérieux à la consolidation de la démocratie. Elle transforme parfois la politique en marché d’intérêts où les convictions deviennent négociables.
Le moment est peut-être venu d’ouvrir le débat sur une loi anti-transhumance. Une réforme pourrait prévoir la perte automatique du mandat pour tout élu qui quitte le parti ou la coalition sous laquelle il a été élu, sauf en cas de fusion officiellement reconnue ou de crise majeure validée juridiquement.
Une telle mesure aurait le mérite de responsabiliser les acteurs politiques et de redonner du sens au vote des citoyens. Car le mandat appartient d’abord au peuple, pas aux calculs personnels ni aux repositionnements opportunistes.
Le Sénégal ne peut pas réclamer une démocratie forte tout en tolérant des pratiques qui affaiblissent la confiance populaire. Lutter contre l’absentéisme est une étape. Mettre fin à la transhumance opportuniste serait une réforme historique.
Mamadou Camara, journaliste
Kaolack
