Quand l’APR faisait de la communication de terrain une arme politique, les JPS de Pastef semblent privilégier la discrétion au détriment de la bataille médiatique.
La politique moderne ne se limite plus aux meetings, aux caravanes ou aux campagnes électorales. Elle se joue également dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans l’espace public, où chaque accusation, chaque controverse et chaque attaque politique appelle souvent une réponse rapide et structurée.
Sous le régime de Macky Sall, les Convergences des jeunes républicains (COJER) avaient compris cette réalité. Dans les régions, les départements et les communes, les jeunes responsables de l’Alliance pour la République occupaient régulièrement le terrain médiatique. Points de presse, déclarations publiques, émissions radiophoniques et télévisées rythmaient leur engagement politique. Chaque fois que leur leader ou leur parti faisait face à une offensive politique, ces jeunes militants montaient au créneau pour défendre leur camp et déconstruire les arguments adverses.
Aujourd’hui, le contraste est frappant avec les Jeunesses patriotiques de Pastef. Malgré la popularité du parti et l’accession de plusieurs de ses responsables à des fonctions importantes, la présence médiatique des structures de jeunesse dans les régions demeure relativement discrète. En dehors de quelques figures nationales régulièrement visibles sur les plateaux de télévision, les réactions publiques des responsables locaux restent souvent limitées lors des moments de tension ou de polémique politique.
Cette situation soulève des interrogations. Dans un contexte où la communication influence fortement l’opinion publique, le silence peut parfois laisser le champ libre aux adversaires. La politique est aussi une bataille de perceptions, et les acteurs qui désertent l’espace médiatique prennent le risque de voir d’autres imposer leur récit.
Certains observateurs estiment que de nombreux responsables locaux de Pastef s’investissent davantage dans des activités internes, des rencontres restreintes ou des panels peu médiatisés, alors que la défense du projet politique nécessiterait une présence plus visible auprès du grand public. D’autres considèrent au contraire que le parti privilégie une stratégie de communication centralisée autour de ses principaux dirigeants.
Quoi qu’il en soit, une réalité demeure : aucun parti politique ne peut durablement compter uniquement sur le charisme de son leader national. La force d’une formation politique réside également dans sa capacité à disposer de relais actifs sur l’ensemble du territoire, capables d’expliquer, de défendre et de promouvoir son projet auprès des populations.
L’expérience de la COJER durant les années Macky Sall démontre qu’une jeunesse politique mobilisée peut jouer un rôle déterminant dans la conquête et la conservation de l’opinion. À Pastef désormais de déterminer si ses Jeunesses patriotiques doivent rester dans une posture de réserve ou devenir, à leur tour, des acteurs majeurs de la bataille médiatique et politique dans les régions.
Car en démocratie, la communication n’est pas un détail. Elle est souvent l’un des principaux champs de bataille du débat politique.
Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
Kaolack
