« C’est trop tard. Nous voulons des actes, pas des invitations » : les ex-détenus recentrent le débat sur les urgences nationales, réclament le respect du projet de changement et opposent une fin de non-recevoir à l’invitation présidentielle.
À Kaolack, de nombreux jeunes et adultes avaient été emprisonnés à la suite des événements de 2024 au Sénégal. Ces anciens détenus estiment avoir payé le prix de leur engagement dans la lutte contre l’injustice, la domination et pour l’avènement d’une gouvernance plus juste.
Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux affirment être profondément déçus par l’évolution de la situation.
Selon Mme Ndeye Fatou Niang, ancienne détenue, leur combat n’avait qu’un seul objectif : défendre le projet de changement et lutter contre l’injustice.
« Nous nous sommes battus pour un seul projet : mettre fin à la domination, combattre l’injustice et promouvoir une bonne gouvernance. C’est ce combat qui nous a conduits en prison à Kaolack. Aujourd’hui, nous sommes très déçus, car nous espérions un véritable changement et des réponses concrètes aux préoccupations des citoyens », a-t-elle déclaré.
Évoquant la rencontre initiée par l’honorable députée Amy Dia avec les anciens détenus, Mme Niang s’interroge : « Pourquoi attendre ce moment précis pour nous inviter à une rencontre ? Pour ma part, je ne répondrai pas à cette invitation. Que pourrions-nous encore nous dire ? »
Elle poursuit : « Nous nous battons pour le changement. Même si le président Ousmane Sonko, qui s’est lui-même battu pour libérer le Sénégal, venait à renier ce combat, nous lui tournerions le dos. Nos principes passent avant tout. »
Mme Ndeye Fatou Niang se dit convaincue que de nombreux anciens détenus attachés à la paix, à la justice et à leurs convictions ne prendront pas part à cette rencontre.
« Notre déception a atteint son paroxysme. Ce ne sont ni l’argent, ni les privilèges, ni les promesses qui nous feront renoncer à nos principes. Aujourd’hui, c’est la dignité qui prévaut avant tout. Les priorités sont ailleurs et nous ne sommes pas des enfants », a-t-elle martelé.
Cette prise de position intervient alors que la rencontre avec les ex-détenus et les familles des martyrs, initiée par la députée Amy Dia, a été largement boycottée. Une situation qui aurait suscité la colère de la parlementaire, d’autant plus que la personne à l’origine de l’invitation se trouvait en déplacement en Côte d’Ivoire au moment de la rencontre. Pour plusieurs anciens détenus, « c’est tout simplement trop tard ».
Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
Kaolack
