Procès de Jérôme Bandiaky et Sakory Ka : le parquet requiert de lourdes peines , verdict attendu le 22 juillet 2026

Dakar – Le tribunal correctionnel de Dakar a examiné, ce mercredi, le dossier de Jérôme Badiaky, alias « Sniper », et de Sakory Ka. À l’issue des débats, le procureur de la République a requis cinq ans d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 5 millions de F CFA contre Jérôme Badiaky, tandis qu’il a demandé trois ans de prison ferme et une amende de 2 millions de F CFA contre Sakory Ka. Le jugement sera rendu le 22 juillet 2026.

Placé sous mandat de dépôt depuis le 25 septembre 2024, Jérôme Badiaky est poursuivi pour détention d’armes sans autorisation administrative, trafic illicite d’armes, usurpation de fonctions publiques civiles ou militaires, escroquerie portant sur les avantages de l’État ainsi que pour des actes susceptibles de compromettre la sécurité publique.

À ses côtés comparaissait Sakory Ka, frère de l’ancien ministre Doudou Ka, détenu depuis le 28 novembre 2024. Il est notamment poursuivi pour détention d’armes sans autorisation et trafic illicite d’armes.

Les faits à l’origine du dossier

L’affaire trouve son origine dans l’interpellation de Jérôme Badiaky par la Division des investigations criminelles (DIC), le 18 septembre 2024. Les perquisitions effectuées à son domicile du Plateau puis dans une résidence à Grand-Mbour avaient permis la saisie de fortes sommes d’argent, de trois passeports diplomatiques établis à son nom, de matériel de sécurité, de deux armes à feu, de munitions, de couteaux et de plusieurs talkies-walkies.

Au cours de l’enquête, Jérôme Badiaky avait expliqué que ces équipements appartenaient à sa société de gardiennage « Sniper Sécurité », autorisée par le ministère de l’Intérieur. Il avait également affirmé que les passeports diplomatiques lui avaient été remis lorsqu’il assurait la sécurité de l’ancien président Macky Sall puis de l’ancienne Première ministre Aminata Touré.

L’enquête avait ensuite été élargie après les déclarations d’un témoin évoquant la présence d’armes dans une ferme appartenant au député Farba Ngom. Les vérifications menées par les enquêteurs n’avaient toutefois pas permis de confirmer ces accusations.

Un non-lieu pour Samba Ba

Dans son ordonnance, le juge d’instruction a accordé un non-lieu au lutteur Samba Ba, alias « Mbeuss », estimant que les accusations reposaient uniquement sur des déclarations non corroborées.

Concernant Sakory Ka, un non-lieu partiel a également été prononcé. Le magistrat a retenu que les armes retrouvées à son domicile étaient régulièrement autorisées et qu’aucune preuve ne confirmait les déclarations de Jérôme Badiaky selon lesquelles Sakory Ka lui aurait vendu une arme. Le parquet a toutefois fait appel sur la qualification de trafic d’armes.

Jérôme Badiaky reconnaît une faute administrative

À la barre, Jérôme Badiaky a rejeté l’ensemble des infractions retenues contre lui. Il a reconnu avoir commis une « erreur administrative » en acquérant une arme avant d’obtenir l’autorisation requise.

Il a expliqué que cette arme devait servir à équiper des agents chargés de sécuriser un chantier à Tivaouane et qu’il comptait régulariser la situation par la suite. Il a également affirmé que l’arme factice retrouvée chez lui servait uniquement à dissuader d’éventuels agresseurs.

S’agissant des passeports diplomatiques et de son logement de fonction, il a soutenu qu’ils lui avaient été accordés dans le cadre de ses anciennes missions de sécurité auprès de Macky Sall et d’Aminata Touré. Il a par ailleurs nié tout lien avec Farba Ngom ou Amadou Sall, contestant également les déclarations du témoin Ndiack Diop.

Sakory Ka conteste les accusations

Sakory Ka a lui aussi rejeté les poursuites. Il a affirmé que toutes les armes retrouvées chez lui étaient régulièrement autorisées et destinées à ses activités de chasse. Il a précisé que le pistolet appartenait à son défunt père et qu’il en avait simplement conservé la possession. Il a également nié avoir vendu une arme, réelle ou factice, à Jérôme Badiaky.

Le parquet maintient les poursuites

Dans son réquisitoire, le procureur a estimé que les infractions de détention illégale et de trafic d’armes étaient établies. Il a également considéré que Jérôme Badiaky s’était rendu coupable d’escroquerie portant sur les avantages de l’État en bénéficiant notamment d’un appartement de la SOGEPA et de passeports diplomatiques.

En revanche, le ministère public a estimé que les faits liés à une éventuelle atteinte à la sécurité publique n’étaient pas suffisamment caractérisés.

Les avocats plaident la relaxe

Les conseils de Sakory Ka ont unanimement sollicité sa relaxe, rappelant que les autorisations de détention des armes figuraient au dossier et contestant toute qualification de trafic d’armes.

La défense de Jérôme Badiaky a, de son côté, dénoncé un dossier à caractère politique. Ses avocats ont soutenu que leur client était un chef d’entreprise spécialisé dans la sécurité privée et qu’il était poursuivi à tort. Ils ont également évoqué le contexte de l’enquête sur la disparition des gendarmes Fulbert Sambou et Didier Badji, estimant que leur client avait été désigné comme responsable sans preuves suffisantes. L’un des avocats a même soutenu que les faits étaient couverts par la loi d’amnistie.

Après les plaidoiries et les réquisitions, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le jugement sera rendu le 22 juillet 2026.

Mamadou Camara

Journaliste – Camou Communication, Kaolack

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