Au lieu d’assumer leurs propres responsabilités et d’en tirer toutes les conséquences, les dirigeants de la Fédération sénégalaise de football semblent avoir choisi la solution de facilité : faire de Pape Thiaw le principal responsable des contre-performances de l’équipe nationale.
Cette logique est inacceptable. Dans toute institution sérieuse, les premiers à rendre des comptes sont ceux qui définissent les orientations, prennent les décisions stratégiques et administrent les ressources. On ne peut pas, à chaque échec, sacrifier un entraîneur tout en épargnant systématiquement les véritables décideurs.
La Fédération sénégalaise de football fonctionne en grande partie grâce aux ressources publiques. L’argent du contribuable sénégalais y contribue directement ou indirectement. Le peuple est donc en droit d’exiger une transparence totale sur la gestion financière, les choix sportifs, les contrats, les primes et les résultats obtenus.
Il est temps que l’État, le ministère chargé des Sports et l’Assemblée nationale prennent leurs responsabilités. Certes, les règles de la FIFA interdisent l’ingérence politique dans la gestion du football. Mais elles n’interdisent nullement à un État d’exiger la transparence dans l’utilisation des fonds publics, de diligenter des audits, de demander un bilan exhaustif et de faire respecter les règles de bonne gouvernance.
Le peuple sénégalais réclame un audit indépendant de la gestion de la Fédération, une conférence publique de reddition des comptes et des explications claires sur les responsabilités de chacun. Les Sénégalais ont le droit de connaître la vérité sur les dysfonctionnements qui freinent le développement de leur football.
Les députés ne doivent pas rester silencieux. Ils ont le devoir de contrôler l’utilisation des ressources publiques et d’interpeller les responsables lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens engagés. Fermer les yeux aujourd’hui, c’est accepter que les mêmes erreurs se reproduisent demain.
Le football sénégalais ne retrouvera son ambition que lorsque la responsabilité sera la même pour tous. Les dirigeants doivent répondre de leurs actes au même titre que les entraîneurs et les joueurs. La responsabilité ne peut pas être à géométrie variable.
Le peuple sénégalais demande des actes : un audit complet, une reddition publique des comptes, des sanctions lorsqu’elles sont justifiées et une réforme profonde de la gouvernance du football national. Il est temps que toute la vérité soit dite. Le Sénégal mérite une Fédération exemplaire, transparente et entièrement tournée vers l’intérêt du football, et non vers la préservation des privilèges de quelques-uns.
À noter qu’en évoquant l’exemple ivoirien, il est préférable de rester prudent : appeler à « enrôler de force » des dirigeants dans l’armée constitue une proposition de nature coercitive qui ne peut être présentée comme une mesure à appliquer.
Mamadou Camara
journaliste Camou Communication
Kaolack
