Football sénégalais :  » Il faut nourir le sport , pas se nourrir du sport  » . Cette phrase de l’ ancienne ministre des Sports mérite un véritable débat national Par Mamadou Camara, journaliste. Kaolack

Le football sénégalais n’a pas seulement besoin de talents sur les pelouses. Il a surtout besoin de dirigeants courageux, visionnaires, intègres et profondément animés par le sens du service public. Des responsables qui nourrissent le sport au lieu de se nourrir du sport.

Cette formule, prononcée par l’ancienne ministre des Sports, Khady Diène Gaye, au moment de passer le témoin à son successeur, mérite aujourd’hui un véritable débat national. Elle avait alors mis en garde contre les lobbies, les pressions et les pratiques qui gangrènent la gouvernance du sport. Avec le recul, cette mise en garde apparaît d’une troublante actualité.

Les contre-performances de notre football ne peuvent être imputées au seul staff technique. Il est trop facile de faire porter la responsabilité aux entraîneurs pendant que les membres du Comité exécutif poursuivent sereinement leur mandat, comme si les choix stratégiques, les décisions administratives et la gouvernance relevaient d’autres acteurs.

Pourtant, ceux qui définissent les orientations, administrent les ressources et pilotent la politique du football national sont les premiers comptables des résultats. Certes, ils ont été élus par une Assemblée générale. Mais ils ont également le devoir de rendre compte au peuple sénégalais, dont les ressources publiques contribuent au financement du sport.

L’histoire du football démontre qu’aucune grande nation sportive ne bâtit des succès durables sur une gouvernance opaque, des conflits d’intérêts ou une absence de reddition des comptes. Les victoires se construisent autant dans les bureaux que sur les terrains.

Le véritable mal est peut-être là. Depuis trop longtemps, certains considèrent le sport comme un moyen d’accumuler des privilèges plutôt que comme une mission au service de l’intérêt général. Cette culture doit cesser. Le sport doit être servi avec engagement, transparence et responsabilité.

Le moment est venu d’exiger des comptes. Le Comité exécutif doit présenter un bilan exhaustif de sa gestion, accepter un audit indépendant et répondre publiquement aux interrogations légitimes des Sénégalais. Les députés, le ministère chargé des Sports et les institutions de contrôle ont également le devoir d’exercer pleinement leurs missions, dans le respect des règles qui encadrent le mouvement sportif.

Le football sénégalais mérite mieux que la recherche permanente de boucs émissaires. Il mérite une gouvernance exemplaire, transparente et responsable, où chacun assume ses décisions et répond de ses actes.

Le peuple sénégalais n’attend plus des promesses. Il attend des explications, des responsabilités clairement établies et des réformes profondes. Car un football fort ne peut exister sans une gouvernance forte.

 

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