La déclaration de Khalifa Ababacar Sall, responsable politique, sur l’utilité des fonds spéciaux et leur éventuelle vocation à prendre en charge médicalement des personnes vulnérables, notamment des parents atteints de pathologies graves comme le cancer ou les maladies de la prostate, mérite une attention particulière.
« Ces fonds, si on savait leur utilité, si nos pères ou nos mamans sont gravement malades de certaines pathologies, comme le cancer ou la prostate, ces fonds peuvent les aider pour leur prise en charge médicale », a-t-il déclaré en substance.
Cette sortie pose une question essentielle : à quoi servent réellement les fonds spéciaux et comment sont-ils utilisés ?
Pour une grande partie des citoyens, l’existence même d’une vocation sociale ou médicale de certains de ces fonds reste peu connue. Beaucoup de Sénégalais découvrent peut-être aujourd’hui, à travers ce débat, qu’une partie des ressources mobilisées pourrait contribuer à la prise en charge de personnes vulnérables confrontées à de lourdes dépenses médicales.
Or, dans nos villes comme dans nos campagnes, la réalité sociale est connue : des familles peinent à payer une ordonnance, des frais d’hospitalisation ou les soins d’un parent atteint d’une maladie grave. Dans la rue, il n’est pas rare de voir des citoyens solliciter la solidarité pour venir en aide à un père, une mère ou un proche hospitalisé, faute de moyens financiers.
La situation des retraités mérite également une attention particulière. Certains ont fait valoir leurs droits à une pension après des années de service, tandis que des familles vulnérables, notamment venues du monde rural, restent confrontées à des difficultés considérables pour accéder aux soins.
Dès lors, si les fonds spéciaux ont effectivement, entre autres objectifs, celui de soutenir les personnes vulnérables confrontées à des problèmes de santé, ne faudrait-il pas renforcer leur transparence et leur gestion sociale ?
Une piste pourrait être d’impliquer davantage les établissements sanitaires publics et leurs services sociaux dans les mécanismes de prise en charge. Cela permettrait d’identifier les bénéficiaires selon des critères précis, de traiter directement certaines dépenses médicales et de garantir une meilleure traçabilité des aides accordées.
L’objectif ne serait pas nécessairement de remettre en cause l’existence des fonds spéciaux, mais plutôt de réfléchir à leur utilité, leur gouvernance, leur transparence et leur impact réel sur les populations.
La déclaration de Khalifa Ababacar Sall a au moins le mérite de mettre cette question sur la table. Sans ce débat, beaucoup de citoyens n’auraient peut-être jamais été amenés à s’interroger sur la destination et l’utilisation de ces fonds.
Il est donc temps, dans un esprit de transparence et de responsabilité publique, de se pencher sérieusement sur la question : qui bénéficie de ces fonds, selon quels critères, pour quelles dépenses et avec quels mécanismes de contrôle ?
Si leur vocation est réellement de venir en aide aux Sénégalais les plus vulnérables, notamment aux personnes confrontées à des pathologies lourdes, alors les établissements de santé publics et leurs services sociaux pourraient constituer des acteurs importants de ce dispositif.
La solidarité nationale ne doit pas rester une notion abstraite. Elle doit pouvoir se traduire concrètement par la prise en charge de ceux qui, malgré leur dignité, n’ont plus les moyens de soigner leurs parents.
Le débat sur les fonds spéciaux est désormais ouvert. Il appartient aux pouvoirs publics d’apporter les clarifications nécessaires.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication – Kaolack
