Ce week-end, plusieurs ténors de Pastef se sont déployés sur différents fronts, à l’intérieur du pays comme à l’étranger, pour participer à des activités politiques, citoyennes et militantes. Une présence simultanée qui semble traduire une nouvelle manière d’occuper le terrain.
Pendant longtemps, depuis 2024, le président de Pastef, Ousmane Sonko, s’était imposé comme la principale figure visible du parti sur le terrain. Il participait à de nombreuses activités et intervenait régulièrement pour porter les messages politiques et clôturer les grands rassemblements.
Cette fois, le scénario semble différent.
À Médina Sabakh, Birame Souleye Diop a représenté Pastef lors d’une activité organisée autour de la Coupe Pastef. À Kagnabone, dans le département de Bignona, Amadou Ba , Alioune Sall et Waly Diouf Bodian étaient mobilisés. À Louga, Amadou Bobo Ba et son équipe ont animé une conférence publique, tandis que la « Maggi Pastef » était présente à Dakar pour une autre rencontre.
À l’étranger également, Pastef était représenté. Au Canada, Khady Diène Gaye a participé au Gala de Pastef, illustrant la volonté du parti de maintenir une présence auprès de ses militants et sympathisants de la diaspora.
Cette dispersion des responsables sur plusieurs territoires peut-elle être interprétée comme une nouvelle stratégie politique ?
La question mérite d’être posée. Le parti semble désormais vouloir davantage répartir les rôles, en permettant à plusieurs de ses responsables d’incarner simultanément sa présence sur le terrain. Une démarche qui pourrait favoriser le maillage territorial, renforcer la proximité avec les militants et donner davantage de visibilité aux différentes composantes de la formation politique.
Mais cette stratégie peut également avoir une dimension communicationnelle. En laissant plusieurs responsables porter la parole du parti dans différents espaces, Pastef dispose de plusieurs relais capables de répondre aux préoccupations locales, de diffuser ses orientations et de déconstruire certaines informations ou interprétations jugées défavorables.
Dans ce schéma, l’absence relative d’Ousmane Sonko sur le terrain ne signifie pas nécessairement un retrait politique. Elle peut aussi traduire une volonté de lui permettre de se consacrer à des dossiers jugés prioritaires, notamment ceux liés à ses responsabilités institutionnelles et aux affaires de l’État.
Reste une interrogation : cette nouvelle organisation annonce-t-elle une véritable démocratie interne, dans laquelle plusieurs cadres sont appelés à prendre davantage de responsabilités, ou s’agit-il simplement d’une stratégie de communication et d’occupation du terrain ?
La réponse dépendra de la régularité de cette démarche et surtout de sa capacité à s’inscrire dans la durée.
Un autre constat mérite toutefois l’attention : les Jeunesses patriotiques restent encore relativement discrètes dans cette dynamique de communication politique décentralisée. Si certains jeunes cadres se distinguent dans les médias, leur présence collective sur le terrain et dans les réseaux de communication locaux semble encore insuffisamment structurée.
Pastef est donc peut-être en train d’expérimenter une nouvelle formule : moins de centralisation autour d’une seule figure, davantage de responsables mobilisés simultanément sur plusieurs territoires, au Sénégal comme dans la diaspora.
Si cette stratégie se confirme, elle pourrait constituer une évolution importante dans la manière dont le parti organise sa communication, son implantation et sa relation avec sa base.
En politique, occuper le terrain ne consiste pas seulement à être présent. Il faut aussi savoir qui porte le message, à quel moment, devant quel public et avec quelle responsabilité.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
