Même dans la vie courante, nous sommes tous appelés à disparaître un jour. Aucun poste, aucun titre, aucune fonction, aucune richesse et aucune proximité avec un homme de pouvoir ne constitue un passeport pour l’éternité. Le jour du jugement dernier, chacun répondra de ses actes, de ses choix et de la manière dont il aura traité ceux qui lui ont tendu la main.
En politique sénégalaise, certains parcours méritent aujourd’hui d’être regardés avec lucidité.
Il fut un temps où certains responsables aujourd’hui très visibles ne représentaient absolument rien sur l’échiquier politique. Ils étaient inconnus du grand public, peu considérés dans leurs propres localités et ne disposaient d’aucune influence véritable.
C’est avec l’avènement du président Macky Sall que beaucoup d’entre eux ont connu les honneurs, les responsabilités, la reconnaissance politique et les privilèges liés à l’exercice du pouvoir.
Certains ont été propulsés au-devant de la scène. D’autres ont occupé des postes de responsabilité au Sénégal comme à l’étranger. D’autres encore ont bénéficié d’une confiance politique qui leur a permis de construire leur carrière, leur réseau et parfois leur fortune.
Aujourd’hui, certains semblent avoir une mémoire sélective.
Ils ne prononcent plus le nom de celui qui leur a ouvert les portes de la République. Ils ont tourné la page avec une facilité déconcertante, comme si leur ascension politique était le fruit exclusif de leur propre mérite.
Quelle ingratitude !
Un mentor qui vous a sorti de l’ombre, qui vous a donné une chance, qui vous a confié des responsabilités et qui vous a permis d’être reconnu ne mérite certainement pas qu’on efface son nom dès que le vent politique change de direction.
Après le départ de Macky Sall, certains responsables de l’APR ont eu au moins la dignité de rester fidèles à leurs convictions, de prendre leurs distances avec les nouvelles configurations politiques et de rester dans leur coin sans renier celui qui les avait accompagnés.
D’autres, en revanche, ont choisi la facilité.
Ils ont couru derrière les nouveaux centres de pouvoir, changé de discours, changé de camp et parfois même changé de convictions avec une rapidité qui laisse perplexe.
En politique, il faut certes savoir évoluer. Mais évoluer ne signifie pas renier son histoire, cracher sur son mentor ou effacer ceux qui ont contribué à votre ascension.
L’ingratitude, l’infidélité et la trahison morale peuvent parfois donner l’illusion d’être payantes à court terme. Mais l’histoire politique finit toujours par faire les comptes.
Le pouvoir passe. Les fonctions passent. Les privilèges passent. Les alliances passent.
La mémoire des peuples, elle, reste.
Et lorsque des responsables politiques deviennent indésirables dans leurs propres localités, rejetés ou désavoués par une partie des citoyens, il faut avoir le courage de s’interroger sur les raisons de cette sanction politique.
On ne peut pas éternellement tromper les populations.
On ne peut pas éternellement changer de veste sans conséquences.
On ne peut pas recevoir hier les honneurs d’un mentor, bénéficier de sa confiance et de sa générosité, puis faire semblant aujourd’hui de ne jamais l’avoir connu.
La politique n’autorise pas tout.
Et surtout, elle ne dispense personne de morale.
Le Saint Coran rappelle que Dieu est témoin des actes humains et que chacun devra répondre de ses œuvres. Ceux qui ont trahi, trompé ou fait preuve d’injustice doivent donc se souvenir que la véritable justice ne dépend ni des urnes, ni des postes, ni des changements de majorité.
À ceux qui ont choisi de partir dans le déshonneur, un conseil : attention à ne pas devenir les prochaines victimes de votre propre opportunisme.
Car après avoir été applaudis hier, certains risquent demain d’être humiliés, rejetés et relégués dans la poubelle de l’histoire politique.
Ce n’est pas une menace.
C’est une leçon de l’histoire.
Celui qui oublie ceux qui l’ont élevé finit souvent par être oublié à son tour.
Macky Sall peut avoir quitté le pouvoir. Mais personne ne peut réécrire l’histoire de ceux qui ont bénéficié de son régime, de sa confiance et de ses largesses politiques.
À chacun désormais d’assumer ses choix.
Les hommes passent. Les institutions demeurent. Les privilèges disparaissent. Mais la dignité, la loyauté et la mémoire restent.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
