Il fut une époque où les partis politiques sénégalais accordaient une importance particulière à la formation politique de leurs militants. Le Parti socialiste sous Abdou Diouf, la Ligue démocratique de Abdoulaye Bathily, le PIT de Amath Dansokho et d’autres formations politiques avaient compris une chose essentielle : on ne peut pas prétendre exercer le pouvoir ou animer le débat public sans former celles et ceux qui portent les idéaux du parti.
C’est dans cet esprit qu’était organisée ce que l’on appelait communément « l’école du parti ».
Ces cadres de formation permettaient aux militants, notamment aux jeunes générations, d’acquérir une culture politique solide. Les enseignements portaient sur les idéologies et doctrines des partis, l’économie, les institutions, la démocratie, la géopolitique, la bonne gouvernance, l’histoire politique du Sénégal et les grands enjeux de société.
Cette formation produisait des cadres capables de défendre leurs convictions avec des arguments, de participer à des débats contradictoires et de représenter dignement leur formation politique dans les médias.
Aujourd’hui, force est de constater un véritable recul.
Certains militants sont propulsés sur les plateaux de télévision ou dans les médias sans maîtriser suffisamment l’idéologie, le programme ou même l’histoire politique de leur propre parti. Dans certaines discussions, le constat est parfois désolant : beaucoup de slogans, beaucoup d’invectives, mais peu d’arguments et de propositions.
La politique ne devrait pourtant pas se résumer à applaudir son camp et à vilipender l’adversaire.
Un militant politiquement formé doit être capable de défendre une idée, de reconnaître une erreur, de comprendre les mécanismes économiques, de décrypter les rapports géopolitiques et surtout de participer à un débat démocratique de qualité.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que les réseaux sociaux et les plateaux médiatiques sont devenus de véritables espaces de confrontation politique. La parole publique exige donc davantage de préparation, de connaissances et de responsabilité.
Il est dès lors légitime de poser la question : les partis politiques actuels ne devraient-ils pas renouer avec l’esprit de l’école du parti ?
Il ne s’agit évidemment pas de reproduire mécaniquement les méthodes du passé, mais de réinventer des espaces de formation adaptés aux réalités politiques contemporaines.
Les partis disposent encore de ressources humaines considérables pour accomplir cette mission. Des hommes politiques expérimentés, à l’image de Doudou Wade et de nombreux autres doyens, pourraient jouer un rôle majeur dans la transmission du savoir et de l’expérience aux nouvelles générations.
Encore faudrait-il que cette transmission se fasse avec générosité, disponibilité et esprit de responsabilité.
Malheureusement, certains doyens semblent davantage attirés aujourd’hui par les débats stériles et les polémiques répétitives sur les plateaux de télévision que par la transmission de leur expérience aux jeunes militants.
C’est une erreur.
Une génération politique ne doit pas seulement chercher à conquérir le pouvoir ; elle doit aussi préparer la génération appelée à lui succéder.
Le Sénégal a besoin de militants mieux formés, de cadres politiques mieux outillés et de débats publics davantage fondés sur les idées que sur les invectives.
La démocratie sénégalaise ne gagnera rien à voir se multiplier des porte-parole qui parlent beaucoup mais maîtrisent peu les dossiers.
Il est donc temps de remettre la formation politique au cœur de l’action des partis.
Réhabiliter l’école du parti, sous une forme moderne, pluraliste et adaptée aux exigences de notre époque, serait certainement une contribution importante à la consolidation de notre démocratie.
La politique sans formation produit des militants de circonstance.
La politique avec formation produit des citoyens capables de penser, de proposer et de gouverner.
C’est cette responsabilité que les partis politiques sénégalais doivent aujourd’hui assumer.
Khalifa Wade
Acteur politique et observateur de la vie publique sénégalaise
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
