Politique sénégalaise : quand la défaite révèle les vrais visages Quitter son camp après la défaite : stratégie politique ou simple manque de loyauté envers le président Macky Sall et l'Alliance pour la République ?

L’histoire politique du Sénégal est jalonnée de départs, de ruptures et de recompositions. Mais un phénomène revient avec une étonnante régularité : à chaque fois qu’un régime perd le pouvoir, certains de ses anciens responsables se découvrent soudainement une nouvelle vocation politique.

Ils créent des mouvements, lancent de nouvelles plateformes, prennent leurs distances avec leur ancienne famille politique et tentent de réécrire leur propre histoire.

Pour certains observateurs, ces initiatives peuvent être perçues comme l’expression normale de la liberté politique. Pour d’autres, elles ressemblent davantage à une stratégie de repositionnement et à une manière de préparer discrètement son départ avant même que le navire ne sombre complètement.

Le cas de l’Alliance pour la République (APR) et de l’ancien président Macky Sall nourrit aujourd’hui cette réflexion.

Pendant des années, certains responsables ont été parmi les plus fervents défenseurs du président Macky Sall. Ils ont porté sa parole, défendu son bilan, chanté ses louanges et parfois même donné l’impression qu’ils seraient prêts à rester à ses côtés quelles que soient les circonstances.

Mais la politique sénégalaise nous enseigne une chose : les discours de fidélité se mesurent rarement lorsque tout va bien. Ils se vérifient lorsque tout va mal.

Gagner ensemble, survivre ensemble… ou perdre ensemble

Il existe une certaine noblesse dans la fidélité politique.

On peut perdre une élection, perdre des responsabilités, perdre des privilèges, perdre une position… sans perdre son honneur.

Car la politique ne devrait pas seulement être une affaire de postes et d’intérêts. Elle devrait aussi être une affaire de convictions, de reconnaissance et de parole donnée.

« Gagner ensemble, survivre ensemble ou perdre ensemble » devrait être davantage qu’un slogan. C’est une conception de la loyauté.

Lorsqu’un mentor vous a fait confiance, vous a accompagné, vous a propulsé, vous a ouvert des portes et vous a permis d’occuper des responsabilités auxquelles vous n’auriez peut-être jamais accédé seul, la moindre des choses est de savoir reconnaître ce compagnonnage.

On peut ne plus être d’accord.

On peut critiquer.

On peut prendre ses distances.

On peut même choisir de construire une nouvelle aventure politique.

Mais la manière de partir révèle souvent davantage la personnalité de celui qui part que les erreurs de celui qu’il quitte.

Macky Sall et le réveil des lendemains de pouvoir

Aujourd’hui, l’ancien président Macky Sall pourrait légitimement s’interroger sur certains de ses anciens compagnons politiques.

Ceux qui, hier encore, donnaient l’impression d’être ses plus grands soutiens sont parfois devenus les premiers à prendre leurs distances.

Ceux qui défendaient hier ses choix avec une conviction presque inébranlable semblent aujourd’hui vouloir prendre leurs précautions avec l’histoire.

Alors une question mérite d’être posée : croyaient-ils réellement au projet qu’ils défendaient ou croyaient-ils simplement à celui qui détenait le pouvoir ?

C’est toute la différence entre la conviction et l’opportunisme.

La conviction demeure lorsque les circonstances changent.

L’opportunisme, lui, change avec le vent.

Créer un mouvement : droit politique ou fuite organisée ?

Créer un mouvement politique n’est évidemment pas un crime. La démocratie permet à chacun de porter ses idées et de proposer une alternative.

Mais lorsque la création d’un mouvement intervient immédiatement après la chute d’un régime auquel on a appartenu pendant des années, la question de la sincérité peut légitimement se poser.

Est-ce une nouvelle conviction ?

Une véritable rupture idéologique ?

Ou simplement une assurance politique pour l’après-pouvoir ?

Le Sénégal a connu suffisamment de retournements pour que les citoyens ne soient plus dupes des grandes déclarations.

Le peuple observe.

Il se souvient de ceux qui étaient là dans les moments difficiles.

Il se souvient aussi de ceux qui ont disparu dès que les privilèges ont disparu.

La politique passe, la dignité reste

Au fond, la véritable question n’est peut-être même pas celle de la fidélité à un homme.

Elle est celle de la dignité.

On peut quitter un parti sans insulter ceux avec qui l’on a cheminé.

On peut changer de camp sans renier son propre passé.

On peut construire un nouveau mouvement sans effacer les années de compagnonnage.

Car lorsque l’on passe son temps à dénigrer celui que l’on encensait hier, c’est parfois sa propre crédibilité que l’on fragilise.

Il faut savoir perdre. Mais surtout, il faut savoir perdre avec honneur.

Les régimes passent. Les présidents passent. Les partis se transforment. Les militants changent de camp.

Mais une chose demeure : la mémoire des hommes et le jugement de l’histoire.

Et l’histoire politique du Sénégal finira toujours par distinguer ceux qui ont servi une conviction de ceux qui ont simplement servi le pouvoir.

Mamadou Camara – Journaliste

Camou Communication

Kaolack

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