TRANSHUMANCE POLITIQUE : QUAND L’OPPORTUNISME SACRIFIE LA DIGNITÉ SUR L’AUTEL DU POUVOIR A l'approche des Locales et dans la perspective de la Présidentielle 2029 , certains choix politiques interrogent ?

La politique sénégalaise entre progressivement dans une nouvelle phase. À l’horizon se profilent les prochaines élections locales et, déjà, la présidentielle de 2029 commence à occuper les esprits. Dans ce contexte de recomposition, les mouvements de responsables et de militants d’un camp à un autre deviennent de plus en plus visibles.

Mais une question mérite d’être posée, sans passion ni règlement de comptes : jusqu’où peut-on aller au nom de l’ambition politique sans perdre son honneur et sa dignité ?

Il est parfaitement légitime, en démocratie, de changer de parti. Les convictions peuvent évoluer, les orientations politiques peuvent diverger et chacun demeure libre de choisir son camp. Mais lorsque le départ intervient après des années de militantisme, de discours, de combats et de fidélité proclamée, pour rejoindre soudainement ceux que l’on combattait hier, le malaise est inévitable.

Que reste-t-il alors de la parole donnée ?

Certains responsables ont milité hier pour un parti, l’ont défendu contre vents et marées, avant de rejoindre aujourd’hui un autre camp à la faveur de sollicitations, de promesses ou d’intérêts personnels.

Cette transhumance, lorsqu’elle est dépourvue de véritable explication politique ou idéologique, ressemble davantage à une course vers le pouvoir qu’à un changement de conviction.

PARTIR EST UN DROIT, MAIS PARTIR AVEC SON HONNEUR EST UNE EXIGENCE

Changer de formation politique n’est pas un crime. Mais il existe une différence fondamentale entre changer de conviction et changer de camp par opportunisme.

Celui qui quitte un parti pour des raisons idéologiques, programmatiques ou personnelles clairement assumées peut expliquer son choix et regarder ses anciens compagnons dans les yeux.

Mais celui qui part uniquement parce qu’il estime que le vent politique souffle désormais ailleurs prend le risque de laisser derrière lui quelque chose de beaucoup plus important qu’une carte de membre : sa crédibilité.

La politique est faite de cycles. Ceux qui sont puissants aujourd’hui peuvent être fragilisés demain. Ceux qui occupent les premières places peuvent se retrouver dans l’opposition. Et ceux qui applaudissent aujourd’hui peuvent être contraints de rendre des comptes demain devant les mêmes militants qu’ils ont abandonnés.

ET APRÈS LA DÉFAITE ?

C’est précisément là que se trouve la grande inconnue.

Que deviendront certains de ces nouveaux ralliés si le camp qu’ils viennent de rejoindre connaît une défaite électorale ?

Retourneront-ils vers leurs anciens compagnons ?

Seront-ils accueillis à bras ouverts ?

Ou devront-ils chercher une nouvelle porte de sortie ?

La question n’est pas anodine.

Car en politique, une victoire électorale peut offrir des postes, une visibilité et des avantages ; mais une défaite révèle souvent les véritables fidélités.

L’opportuniste peut gagner une bataille en changeant de camp, mais il risque de perdre quelque chose de beaucoup plus difficile à reconquérir : la confiance.

ONT-ILS MESURÉ LES CONSÉQUENCES DE LEUR CHOIX ?

Certains sont partis. Mais sont-ils réellement partis avec leurs bases ?

C’est toute la question.

Dans plusieurs cas, des responsables qui ont quitté leurs formations politiques semblent avoir effectué le voyage seuls. Les proches, les militants, les sympathisants et les structures locales qu’ils prétendaient représenter ne les ont pas nécessairement suivis.

Et c’est peut-être là la plus grande sanction politique.

Quitter un parti est facile. Convaincre ceux qui vous faisaient confiance de vous suivre est une autre affaire.

Les prochaines élections locales pourraient justement servir de révélateur.

Elles permettront de mesurer le poids réel de certains responsables après leur changement de camp. Elles diront si leur influence reposait sur leur propre personnalité ou sur l’appareil politique auquel ils appartenaient.

LA TRAHISON LAISSE TOUJOURS UNE CICATRICE

Dans la politique comme dans la vie, la trahison ne s’efface pas facilement.

Elle peut être dissimulée derrière des sourires, des poignées de main, des nominations ou des discours de circonstance. Mais elle laisse une cicatrice dans la mémoire de ceux qui ont partagé les combats.

Car ceux qui ont été abandonnés n’oublient pas toujours.

Et lorsque viendra l’heure de solliciter à nouveau leur confiance, ils pourront légitimement se demander :

« Où étiez-vous lorsque nous avions besoin de vous ? »

La politique ne devrait pourtant pas être un marché où l’on change de camp au gré des opportunités.

Elle devrait rester une affaire de convictions, de principes, de fidélité aux valeurs et surtout de responsabilité devant les citoyens.

2029 SE PRÉPARE AUSSI DANS LA MÉMOIRE DES ÉLECTEURS

À l’approche de 2029, chaque mouvement sera observé, chaque ralliement analysé et chaque reniement probablement mémorisé.

Les électeurs sénégalais ne sont plus seulement spectateurs. Ils observent, comparent et sanctionnent.

Les responsables politiques doivent donc comprendre une chose : on peut tromper une partie de l’opinion pendant un temps, mais il est difficile de tromper durablement la mémoire collective.

La véritable fidélité politique n’est pas celle qui se proclame lorsque tout va bien. Elle se mesure lorsque le parti traverse les difficultés, lorsque les postes disparaissent et lorsque les intérêts personnels ne sont plus garantis.

C’est dans l’épreuve que l’on reconnaît les compagnons véritables.

Alors, à ceux qui ont choisi de partir, une question demeure :

Ont-ils réellement gagné en changeant de camp, ou ont-ils simplement perdu une partie de ce qu’ils avaient de plus précieux : la confiance de ceux qui les accompagnaient hier ?

Et lorsque les lampions des prochaines élections s’éteindront, lorsque les postes seront distribués et que les résultats auront parlé, il restera une seule chose que personne ne pourra nommer ou acheter :

la dignité.

Car en politique comme ailleurs, une défaite électorale peut être réparée. Une réputation politique, lorsqu’elle est profondément brisée, est beaucoup plus difficile à reconstruire.

L’opportunisme politique peut ouvrir des portes.

Mais il peut aussi en fermer définitivement.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

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