Chez feu Mbagnick Ndour, les cœurs ont parlé : une rencontre devenue un dernier adieu
Il y a des rencontres que l’on croit ordinaires et qui, avec le temps, deviennent des souvenirs que l’on porte toute une vie.
Chez feu Mbagnick Ndour, cette rencontre restera justement de celles-là.
Après son hospitalisation, Mbagnick avait regagné sa famille et se trouvait en période de convalescence. Ses amis et grands compagnons avaient alors décidé de lui rendre visite. Parmi eux, Vieux Diallo, Grand Tapha Sène Loss, Bocar Sow, entre autres, étaient présents à ses côtés.
Ils étaient venus avec une intention simple : voir leur ami, prendre de ses nouvelles, partager quelques instants avec lui et surtout lui redonner confiance.
Le décor était celui d’une maison où l’on espérait retrouver progressivement le sourire. Les retrouvailles avaient commencé dans une atmosphère fraternelle. Les souvenirs, les anecdotes et les conversations sur les années passées ensemble avaient naturellement occupé les échanges.
Mais au fil de la discussion, les paroles de Mbagnick ont changé l’atmosphère.
Il parlait avec une étonnante sérénité. Il ne se plaignait pas. Il ne cherchait pas à provoquer la compassion. Au contraire, il semblait vouloir rassurer ceux qui étaient venus le voir.
Puis il s’est mis à parler de sa vie, de son parcours professionnel, de ses projets et de cette retraite qui n’était plus qu’à cinq mois.
Il savait qu’il avait encore beaucoup à donner.
Il avait travaillé, accumulé de l’expérience et nourrissait l’ambition de continuer à servir, même après avoir fait valoir ses droits à la retraite.
Et pourtant, au milieu de cette conversation, il a prononcé des paroles qui, aujourd’hui, résonnent douloureusement dans la mémoire de ceux qui étaient présents.
« Je rends grâce à Dieu. J’ai travaillé et j’ai eu tous les privilèges. À cinq mois de ma retraite, j’avais encore des projets et l’expertise pour continuer à servir. Mais le Bon Dieu en a décidé autrement. Je crois en la volonté divine. »
Sur le moment, ces mots avaient déjà touché ses amis.
Mais personne ne pouvait mesurer leur portée.
Personne ne pouvait imaginer que ces paroles allaient devenir, après sa disparition, l’un des souvenirs les plus poignants de cette rencontre.
Le décor avait soudain changé.
Les regards se croisaient davantage. Les sourires devenaient plus difficiles. Certains cherchaient leurs mots. Grand Tapha Sène Loss et plusieurs autres compagnons étaient profondément touchés. Quant à Bocar Sow, il rappelait la profondeur d’une amitié qui avait dépassé les liens ordinaires.
Chez Mbagnick, ce jour-là, les cœurs avaient parlé.
Les hommes qui étaient venus pour le réconforter se retrouvaient presque eux-mêmes réconfortés par sa foi, son courage et sa manière d’accepter l’épreuve.
Mbagnick leur rappelait, à travers ses paroles, que l’homme peut avoir des projets, une carrière, une retraite proche et des ambitions pour demain, mais que la décision ultime appartient à Dieu.
Ceux qui étaient là n’oublieront jamais
Pour ceux qui étaient présents chez lui, cette journée ne sera jamais une simple visite.
Ils se souviendront de son regard.
De sa voix.
De ses paroles.
De sa sérénité.
De cette façon qu’il avait de parler de Dieu alors que la maladie avait déjà bouleversé son quotidien.
Ils se souviendront aussi de cette proximité entre amis, de ces échanges parfois légers, parfois graves, et de cette fraternité qui semblait plus forte que les difficultés du moment.
Ils étaient venus voir Mbagnick en convalescence.
Ils ne savaient pas qu’ils allaient conserver en mémoire les dernières images d’un homme qui parlait encore de ses projets à cinq mois de la retraite.
Quelques jours plus tard, le destin allait cruellement refermer cette parenthèse.
Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 septembre 2026, Grand Tapha Sène Loss avait le chapelet à la main jusque tard dans la nuit, priant intensément pour son jeune frère et ami. Depuis son domicile à Mbour, sa voix était lourde d’émotion lorsqu’il évoquait les souvenirs de Mbagnick et les moments passés ensemble.
Alors, pour ceux qui étaient chez lui ce jour-là, certaines paroles prennent aujourd’hui une autre dimension.
Elles rendent le souvenir plus lourd.
Cette phrase sur la retraite.
Ces projets qu’il évoquait.
Cette volonté de continuer à servir.
Cette foi en la volonté divine.
Tout cela est désormais figé dans la mémoire de ceux qui l’ont entouré.
La rencontre devait être une visite surprise de soulagement après l’hospitalisation.
Elle est devenue, sans que personne ne le sache, une rencontre d’adieu.
Et c’est peut-être cela qui rend le souvenir si douloureux : ils étaient tous là, réunis autour de Mbagnick, à écouter ses paroles, sans savoir que la vie leur offrait l’un de leurs derniers moments ensemble.
Aujourd’hui, chez ceux qui étaient présents, le décor de cette journée ne peut être dissocié de ses paroles.
Des paroles simples.
Des paroles courageuses.
Des paroles empreintes de foi.
Des paroles qui, après sa disparition, ont rendu le décor infiniment plus triste.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
