
Il est des hommes dont le départ laisse un silence difficile à accepter. Des hommes dont la disparition ne touche pas seulement une famille, mais toute une génération d’amis, de compagnons, d’acteurs associatifs et de voisins qui ont partagé avec eux une partie de leur jeunesse, leurs rêves, leurs combats et leurs souvenirs.
Feu Mbagnick Ndour était de ceux-là.
Son décès a été pour nous tous un véritable coup de massue. Nous espérions le voir retrouver la santé, reprendre ses activités et continuer à partager avec nous ces moments de fraternité qui avaient marqué toute une génération. Mais la volonté divine en a décidé autrement.
À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.
Le dernier adieu du groupe d’amis, sans le savoir
Parmi les souvenirs les plus douloureux et les plus précieux figure cette dernière rencontre à Dakar.
Ce jour-là, le groupe d’amis s’était d’abord rendu auprès du Général d’Armées Mbaye Cissé, qui venait de sortir de l’hôpital. Cette visite avait été vécue avec beaucoup de soulagement et de joie. Après l’inquiétude suscitée par son état de santé, le fait de le voir sortir de l’hôpital avait apporté à chacun un véritable réconfort.
Personne, à cet instant, ne pouvait imaginer que quelques heures plus tard, une autre rencontre allait prendre une dimension tragique.
Après avoir rendu visite au Général d’Armées Mbaye Cissé, les amis se sont retrouvés chez feu Mbagnick Diouf, à Dakar.
Ils étaient ensemble, comme ils l’avaient été tant de fois auparavant. Ils ont échangé, partagé des souvenirs et profité de ces retrouvailles avec la simplicité et la chaleur qui caractérisaient leur amitié.
C’étaient des moments de soulagement, de fraternité et de retrouvailles.
Mais ils ne savaient pas que ce cadre allait devenir celui de leur dernier adieu à Mbagnick.
Personne ne pouvait imaginer que cette rencontre, qui ressemblait à tant d’autres, serait la dernière.
Aujourd’hui, en repensant à ces images et à ces instants, l’émotion est immense. Ce qui n’était alors qu’une simple visite entre amis est devenu un souvenir exceptionnel, presque sacré, que chacun conservera désormais dans son cœur.
Une dernière rencontre devenue un souvenir éternel
Parmi les souvenirs qui resteront à jamais gravés dans ma mémoire, il y a également cette dernière rencontre avec Mbagnick à Kaolack.
Nous nous étions retrouvés dans un hôtel de la ville à l’occasion d’un séminaire organisé autour des questions liées à l’exportation, avec notamment le Collectif des producteurs et exportateurs de graines d’arachide (COPEGA) dirigé par Abib Thiam, ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers.
Au cours de nos échanges, Mbagnick et moi avions longuement évoqué les anciens compagnons, les amis, les souvenirs de jeunesse et tous ceux qui avaient partagé notre parcours.
À un moment, Mbagnick Ndour m’a regardé et m’a simplement dit :
« Mon frère, c’est l’heure de la prière. »
Nous nous sommes alors éloignés pour aller prier ensemble dans un coin de l’hôtel.
Nous ne savions pas que cette prière allait être la dernière que nous accomplirions ensemble.
Quelques mois plus tard, le docteur Assane Touré m’appelait de Kaolack pour m’annoncer la terrible nouvelle :
« On va à l’instant au cimetière de Yoff pour inhumer notre défunt frère Mbagnick. »
Sous le choc, j’ai immédiatement appelé Bocar Sow. Nous étions à Kaolack et, au téléphone, nous entendions même la sirène du corbillard. Nous avons compris que nous ne pourrions malheureusement pas nous rendre à temps à Dakar pour accompagner notre frère à sa dernière demeure.
Sam, le berceau d’une génération
Pour comprendre Mbagnick Ndour , il faut revenir à Sam, ce quartier qui fut le berceau d’une formidable génération d’amis, d’étudiants, d’acteurs associatifs et de jeunes profondément attachés à leur terroir.
Pendant les vacances universitaires, les étudiants qui étaient à Dakar ou dans d’autres villes avaient l’habitude de revenir rapidement à Kaolack et dans leurs quartiers. Ils retrouvaient leurs amis et participaient activement à la vie de leur terroir.
Mbagnick était profondément engagé dans cette dynamique.
Avec ses compagnons, il a joué un rôle déterminant dans le mouvement associatif autour de l’AJ Sam. Cette génération comptait notamment Cheikhou Diakharé, Ada Boy, Lamp, feu Mawdo Ndiaye, Rabet, Sylvain Valéra, Meissa Ly, Adama Ndiaye, Ton, Bruno Diatta, Alassane Barry Seck, Mame Aly Djigo, ainsi que plusieurs autres jeunes engagés.
Ils étaient accompagnés et encadrés par des responsables engagés, avec notamment le travail technique et l’encadrement de Talla Gueye.
Dans cette dynamique, Mbagnick occupait une place importante par son engagement, son esprit de partage, sa disponibilité et son attachement à ses amis et à son quartier.
Une générosité qui dépassait les frontières
Dans les années 1990, une autre anecdote illustre parfaitement l’ouverture d’esprit, la générosité et l’attachement de Mbagnick Diouf et de ses compagnons à leur terroir.
À cette époque, Bocar Sow avait comme voisin, au Pavillon E, chambre 35, un étudiant originaire de la République centrafricaine, Kayimba Cyriack.
Durant une période de vacances, Kayimba Cyriack avait passé les congés à Kaolack, chez Pa Sène Bada Sène.
À son retour à Dakar, Mbagnick Ndour , Bocar Sow et Abdou Maty Sène ne voulaient pas le laisser seul dans la capitale pendant les vacances. Ils décidèrent alors de l’emmener avec eux à Sam, afin qu’il puisse partager leurs moments de convivialité, leurs rencontres et leur vie de quartier.
Plus tard, Kayimba Cyriack signera même une licence sous les couleurs de l’AJ Sam.
Une belle illustration d’une fraternité qui dépassait les frontières.
Les moments inoubliables chez notre père Sounkarou Camara
Parmi les souvenirs les plus forts figurent également les rencontres chez notre père Sounkarou Camara, à Sam.
Nous pouvions y passer des heures à discuter, à rire, à refaire le monde, à parler des études, de nos projets, de nos amis, du quartier et de notre avenir.
C’étaient des moments inoubliables, des instants simples mais précieux qui ont construit une grande partie de notre histoire commune.
Pendant les vacances de fin d’année, nous nous retrouvions presque quotidiennement, de Sam jusqu’à Kaolack. Certaines soirées nous conduisaient également à Kasnack, chez Bouna Ndao, où la fraternité et les échanges se poursuivaient souvent jusque tard dans la nuit.
Une amitié née à l’Université
À l’Université également, Mbagnick, Abdou Maty Sène, Bocar Sow et plusieurs autres compagnons formaient un groupe très soudé.
Nous partagions nos rêves, nos préoccupations, nos ambitions et nos difficultés. Dès que les vacances arrivaient, le chemin du retour vers Kaolack devenait presque naturel.
C’était une époque où l’amitié était une véritable force.
Tapha Sène dit « Loss » : des souvenirs qui ressurgissent
En repensant à Mbagnick, Tapha Sène dit « Loss », le grand frère, évoque avec émotion cette période où les amis étaient presque inséparables.
« Quand je regarde ces images, je revois Mbagnick avec ses amis. Nous étions toujours ensemble. À Sam, à Kaolack, puis à Kasnack chez Bouna Ndao. Il y avait une véritable fraternité entre nous. »
Et cette autre image demeure particulièrement forte :
« Nous étions allés lui apporter notre soutien moral et notre réconfort. Il était en convalescence et nous pensions tous qu’il allait retrouver la santé. Nous étions loin d’imaginer que cette visite allait devenir l’un de nos derniers souvenirs avec lui. »
Une génération qui a marqué Sam
Mbagnick appartenait à cette génération qui a contribué à écrire une partie de l’histoire associative de Sam.
Cheikhou Diakharé, Ada Boy, Lamp, feu Mawdo Ndiaye, Rabet, Sylvain Valéra, Meissa Ly, Adama Ndiaye, Ton, Bruno Diatta, Alassane Barry Seck, Mame Aly Djigo, sous l’encadrement de Talla Gueye, ont incarné une époque où l’engagement, la solidarité et la fraternité occupaient une place centrale.
À leurs côtés, Modou Camara, Vieux Camara, Vieux Diallo, Abdou Maty Sène, Bocar Sow, le docteur Assane Touré et son frère jumeau Ousseynou Touré, Tapha Sène dit « Loss », ainsi que le Général d’Armées Mbaye Cissé et tant d’autres compagnons, restent associés à cette histoire commune.
Une maladie qui nous avait déjà bouleversés
Lorsque la maladie de Mbagnick nous avait été annoncée, nous avions déjà ressenti une immense inquiétude.
Nous voulions croire qu’il allait se rétablir. Nous voulions croire que nous allions encore nous retrouver, discuter, rire et évoquer nos souvenirs.
Mais la volonté de Dieu est au-dessus de toute volonté humaine.
Aujourd’hui, il ne nous reste que les souvenirs, les images, les anecdotes et cette immense fraternité qui continuera de parler de lui.
Adieu, très cher Mbagnick
Très cher Mbagnick Ndour, tu es parti, mais tu n’as pas emporté avec toi notre histoire.
Nous n’oublierons jamais cette dernière rencontre à Dakar, après la visite au Général d’Armées Mbaye Cissé. Nous étions soulagés de le voir sortir de l’hôpital. Nous étions heureux de nous retrouver. Nous pensions simplement vivre encore un moment de fraternité.
Nous ne savions pas que nous étions en train de vivre notre dernier adieu.
Nous n’oublierons jamais non plus ta dernière parole qui résonne encore dans ma mémoire :
« Mon frère, c’est l’heure de la prière. »
Que le Tout-Puissant te pardonne tes péchés, t’accorde Sa Miséricorde et t’accueille dans Son vaste Paradis.
Que la terre de Yoff te soit légère.
Repose en paix, cher Mbagnick Ndour.
Tu es parti, mais notre histoire avec toi ne mourra jamais.
Mamadou Camara – Journaliste, Kaolack
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