Sénégal : Le rejet de la LFR fait tanguer les négociations de 2,2 milliards de dollars avec le FMI

DAKAR — Le rejet du projet de Loi de finances rectificative (LFR) plonge le Sénégal dans une zone d’incertitude budgétaire. Alors que Dakar tente d’arracher un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans auprès du Fonds monétaire international (FMI), l’impasse parlementaire menace de gripper les rouages financiers du pays. Analyse des enjeux avec l’économiste Thierno Thioune, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop.

​Un triple désaveu : institutionnel, politique et économique

​Le veto parlementaire du 3 novembre ne relève pas d’une simple querelle de procédure. Pour Thierno Thioune, il met à nu trois failles majeures :

​Une crise institutionnelle : Prive de cadrage révisé, l’Exécutif se retrouve sans boussole légale pour formaliser sa nouvelle stratégie budgétaire.

​Un blocage politique : La majorité signale un refus net d’avaliser la trajectoire proposée par le gouvernement.

​Une impasse économique : Le texte devait officialiser l’explosion des dépenses, notamment l’ardoise des subventions à l’énergie, estimée à près de 790 milliards de francs CFA pour 2026.

​En poussant la prévision de déficit de 5,4 % à 7,6 % du PIB — soit un trou supplémentaire d’environ 550 milliards de FCFA —, le gouvernement a fragilisé ses négociations avec le FMI. L’institution de Washington conditionne en effet la signature de sa Facilité élargie de crédit au respect stricts d’objectifs sur le solde budgétaire, les recettes fiscales, la masse salariale et l’endettement.

​Trois scénarios sur la table du FMI

​Face à ce blocage, l’économiste esquisse trois trajectoires pour les semaines à venir :

​Le scénario du compromis rapide : Une nouvelle LFR est votée dans les plus brefs délais. La revue du FMI ne subit alors qu’un glissement de calendrier de quelques semaines.

​Le scénario du sursis (2 à 3 mois d’impasse) : Dakar se voit contraint de solliciter une dérogation auprès du conseil d’administration du FMI. Bilan : le versement d’une tranche de 300 à 400 millions de dollars est gelé pour au moins un trimestre.

​Le scénario noir : L’impossibilité de tenir les critères de convergence fait dérailler l’ensemble du programme d’assistance.

​Effet domino sur les marchés et le secteur privé

​Les répercussions d’un échec dépasseraient largement le cadre des bureaux du FMI. Une rupture du dialogue dégraderait la signature du Sénégal sur les marchés financiers, renchérissant le coût de ses futurs emprunts. Un risque systémique pour un État dont le service de la dette s’accapare déjà près de 40 % des recettes fiscales.

​Sur le plan interne, le blocage de ces crédits de paiement menace d’asphyxier le tissu économique local : sans ajustement des budgets, les arriérés dus aux fournisseurs d’électricité et aux prestataires privés de l’État risquent de continuer à s’accumuler.

​Pour éteindre l’incendie, Thierno Thioune préconise l’élaboration en urgence d’un nouveau texte intégrant les réserves des députés, combinée à un réaménagement de crédits par décret. La balle est désormais dans le camp de l’Exécutif pour restaurer la traçabilité des fonds publics et rassurer ses partenaires financiers.

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