Annoncé en octobre par Donald Trump pour contenir la hausse des prix à la pompe avant les élections de mi-mandat, l’accord prévoyait l’importation de millions de tonnes de gazole russe. Pour concrétiser ce projet, le Trésor américain avait émis une exemption temporaire aux sanctions, tandis que Moscou levait parallèlement ses restrictions sur l’exportation de carburant. Pourtant, l’abandon du cap vers les côtes américaines par les navires concernés enterre aujourd’hui définitivement ce compromis.
Un convoi inaugural qui tourne court
Le parcours des trois premiers pétroliers envoyés pour concrétiser cette entente illustre le coup d’arrêt brutal porté au projet :
Le Talisman (inscrit sur les listes de sanctions internationales) a subitement changé de cap pour s’éloigner de l’Atlantique et rejoindre la Méditerranée.
Le Leruo (sanctionné par l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis) a réorienté sa route vers le Brésil.
L’Agioi Fanendes, dernier navire encore attendu au port de New York, a vu son statut officiel passer « en attente d’ordres ».
Les raisons d’un revirement stratégique
Plusieurs facteurs politiques, juridiques et logistiques expliquent l’échec opérationnel de ces livraisons :
Le risque de poursuites au niveau local
L’exemption fédérale accordée par la Maison-Blanche ne protégeait pas les importateurs contre les initiatives des États fédérés. Au New Jersey, la gouverneure Mikie Sherrill a menacé de poursuites et d’amendes millionnaires tout port sous sa juridiction (dont le port de New York et du New Jersey) qui accepterait du gazole russe, s’appuyant sur le Ending Importing of Russian Oil Act de 2022.
Le couperet des sanctions extraterritoriales européennes
Les réassureurs, banques et intermédiaires maritimes européens ou britanniques risquaient d’être visés par des sanctions s’ils contribuaient à la logistique d’un pétrole sous embargo. Ce risque financier a dissuadé les acheteurs américains de finaliser les transactions.
Une manœuvre à visée électorale
Selon des experts en sécurité maritime, l’envoi de ces pétroliers constituait principalement un signal d’affichage destiné à rassurer les marchés financiers avant le scrutin des midterms. Une fois les élections passées et l’effet politique volatilisé, maintenir le cap vers les États-Unis ne présentait plus d’intérêt stratégique pour Moscou, qui a préféré réorienter les cargaisons vers des destinations réelles comme le Brésil.
Un bilan sans impact majeur sur le marché
Sur le plan énergétique, le volume représenté par ces cargaisons restait marginal et n’aurait pas suffi à couvrir la consommation américaine d’une seule journée. L’abandon de ces livraisons met un terme à une séquence d’instabilité réglementaire et politique, sans altérer l’équilibre global de l’approvisionnement américain.
