Pendant des décennies, de nombreux chefs d’État africains ont sillonné villes et campagnes, multipliant les promesses électorales pour conquérir le pouvoir. Mais une fois élus, certains ont rapidement tourné le dos à leurs engagements, reléguant leurs paroles de campagne au rang de simples souvenirs.
De 1960 à 2000, la vie politique africaine reposait essentiellement sur des militants convaincus, porteurs de principes, d’idéologies et d’une loyauté souvent indéfectible envers leurs leaders. Ces militants faisaient et défaisaient les présidents, au nom d’un combat politique assumé.
Mais en 2024, le contexte a profondément changé. L’éveil des consciences a redessiné le paysage électoral. Les jeunes, les femmes et les adultes sans appartenance politique formelle sont devenus des acteurs centraux du jeu démocratique. Ils votent par conviction, par intérêt citoyen, et surtout par exigence de résultats.
Le Sénégal en est une illustration parlante. Aujourd’hui, près de 54 % des électeurs sont des citoyens dits « apolitiques » : ni encartés, ni militants, mais attentifs, lucides et déterminants. Ce sont des sympathisants libres, des électeurs-actionnaires du destin national.
Dans ce contexte, un président élu au suffrage universel ne peut plus se permettre d’ignorer ses promesses. Lorsqu’un dirigeant ne respecte pas les engagements pris devant son peuple ou s’en détourne une fois installé au pouvoir, la sanction est souvent différée mais inévitable. La maturité démocratique finit toujours par trancher lors des prochaines joutes électorales.
Aucun président n’a le pouvoir d’entrer dans tous les bureaux de vote pour forcer la main aux électeurs. Là-bas, face à l’urne, la décision est intime, individuelle et souveraine. Comme le dit si bien l’adage wolof : « Boo sookhëlaa waate » — quand on a besoin de revenir demander.
La vraie question demeure alors : ce président ou ce candidat aura-t-il le courage de s’adresser de nouveau à ceux qui l’ont porté au pouvoir ? Avec quelles stratégies, quels arguments crédibles, quelles réalisations concrètes pourra-t-il espérer reconquérir les cœurs et les esprits ?
Tout décideur devrait garder à l’esprit qu’un jour viendra où il aura, à nouveau, besoin des électeurs. En Afrique, on oublie parfois vite, mais ce sont précisément ces détails négligés, ces promesses non tenues et ces oublis répétés qui expliquent pourquoi tant de dirigeants échouent lorsqu’ils tentent de rempiler.
La démocratie a évolué. Les peuples aussi. Et désormais, le verdict des urnes ne pardonne plus l’amnésie politique.
On s’ interroge, pourquoi ces derniers ne regardent jamais sur le rétroviseur pour tirer les enseignants du passé
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou communication
Kaolack
