Le meeting de Mbour, révélateur des fragilités de la coalition présidentielle
Lors de l’élection présidentielle de 2024, c’est au stade Stade Caroline Faye de Mbour que l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko avait clôturé l’un des meetings les plus symboliques de la campagne victorieuse.
Ce jour-là, l’actuel président Bassirou Diomaye Faye, entouré de ses épouses, incarnait l’image d’un duo politique uni, porté par une dynamique populaire exceptionnelle. Ousmane Sonko les avait même présentées au public dans une ambiance de ferveur rarement égalée.
Deux ans plus tard, le décor semble totalement différent.
Le 9 mai 2026, dans ce même stade Stade Caroline Faye, le président Bassirou Diomaye Faye devait démontrer sa capacité de mobilisation à travers un meeting organisé par sa propre coalition. Autour de lui figuraient plusieurs responsables politiques de premier plan, notamment Aminata Touré, Abdoulaye Tine, Sérigne Guèye Diop et Abdourahmane Diouf.
Mais le résultat attendu n’a pas suivi.
Le meeting, qui devait être une démonstration de force politique dans le département de Mbour, a plutôt laissé apparaître des signes de fragilité organisationnelle et de malaise interne. Des militants venus de plusieurs localités auraient exprimé leur frustration concernant les conditions d’accueil et de prise en charge. Après la rencontre, des échanges tendus dans certains groupes WhatsApp ont alimenté les débats autour de la gestion financière et de l’organisation de l’événement.
Au-delà de l’aspect logistique, ce rendez-vous raté pose une véritable question politique : quelle est aujourd’hui la capacité réelle de mobilisation autonome du président Bassirou Diomaye Faye en dehors de la dynamique incarnée par Ousmane Sonko ?
Car en politique, les symboles comptent. Et revenir dans le même stade, deux ans après une victoire historique, sans réussir à recréer l’élan populaire attendu, expose inévitablement à des lectures politiques parfois sévères.
Pourquoi un entretien télévisé ?
Dans un tel contexte, un entretien télévisé peut apparaître comme une stratégie de reprise en main de la communication politique. Lorsqu’un meeting laisse des interrogations, la parole médiatique permet souvent de rassurer les militants, d’occuper l’espace public et de réorienter le débat vers les réalisations ou les perspectives du pouvoir.
Mais la communication seule ne suffira pas.
Pourquoi cette absence remarquée ?
L’absence de certaines figures majeures ou le manque d’implication visible de certains responsables alimente forcément les spéculations sur l’existence de divergences internes. Dans les coalitions politiques, l’unité affichée est essentielle. Le moindre flottement devient immédiatement un sujet de commentaire dans l’opinion.
Que doit faire la coalition après ce revers ?
Ce meeting doit surtout servir d’alerte politique.
La coalition présidentielle devra probablement :
renforcer son organisation territoriale ;
mieux coordonner ses responsables locaux ;
éviter les frustrations liées à la mobilisation ;
clarifier les rôles entre les différentes composantes du pouvoir ;
et surtout renouer avec la proximité populaire qui avait fait sa force en 2024.
Un pouvoir ne peut durablement vivre uniquement sur le souvenir d’une victoire passée.
Quelles chances pour 2029 ?
Il reste encore du temps avant l’élection présidentielle de 2029. Toutefois, ce type d’événement rappelle qu’une popularité électorale peut s’éroder si elle n’est pas entretenue par des résultats visibles, une cohésion politique solide et une capacité constante de mobilisation.
Si le président Bassirou Diomaye Faye devait briguer un second mandat, sa principale force dépendra sans doute de trois éléments :
le bilan économique et social ;
l’unité avec Ousmane Sonko ;
et la capacité de la coalition à éviter les fractures internes.
À qui profite ce fiasco ?
En politique, chaque faiblesse profite forcément à un adversaire ou à un concurrent interne. L’opposition pourrait s’appuyer sur cet épisode pour remettre en cause la force réelle de la coalition présidentielle. Mais au sein même du pouvoir, certains acteurs peuvent également y voir une occasion de repositionnement ou de rééquilibrage des rapports de force.
Une chose est certaine : le meeting de Mbour dépasse désormais le simple cadre d’un rassemblement politique raté. Il devient un test grandeur nature sur l’état réel de la coalition au pouvoir, deux ans après l’euphorie de 2024.
Mamadou Camara, journaliste- Communicant
Kaolack
