Sénégal : de Diouf à Diomaye, les traditions de concertation politique face aux nouveaux équilibres institutionnels De la majorité presidentielle élargie à l' ère Pastef : évolution des pratiques républicaines et nouveaux rapports de force

Au Sénégal, l’histoire politique a souvent été marquée par une tradition de dialogue et de concertation dans la formation des gouvernements, particulièrement durant les périodes de transition ou de recomposition des majorités.

En 1991, le président Abdou Diouf pose un acte politique majeur en consultant son principal opposant, Abdoulaye Wade, afin de lui permettre de proposer des personnalités devant intégrer le premier gouvernement de majorité présidentielle élargie. Une démarche qui avait contribué à apaiser le climat politique national.

En 2000, après la première alternance démocratique du pays, le président Abdoulaye Wade reproduit cette culture de concertation en réunissant ses alliés politiques, notamment Moustapha Niasse, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho et Landing Savané, afin qu’ils désignent les représentants de leurs partis respectifs dans le premier gouvernement de l’alternance.

En 2012, le président Macky Sall consulte également ses principaux partenaires de coalition avant la composition du gouvernement. Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng participent aux concertations et proposent les responsables appelés à siéger dans l’attelage gouvernemental.

L’avènement de Bassirou Diomaye Faye et de PASTEF au pouvoir ouvre aujourd’hui une nouvelle séquence politique qui constitue déjà un véritable cas d’école dans l’histoire institutionnelle du Sénégal.

Après avoir occupé les fonctions de Premier ministre, Ousmane Sonko quitte la Primature à la suite de son limogeage. Dans un contexte où PASTEF détient une majorité écrasante de 130 députés à l’Assemblée nationale, l’ancien chef du gouvernement retourne à l’hémicycle et accède à la présidence de l’institution parlementaire.

Cette nouvelle configuration politique place désormais Ousmane Sonko au rang de deuxième personnalité de l’État après le président de la République. Une situation inédite qui redéfinit les rapports entre l’Exécutif et le pouvoir législatif dans un contexte de majorité parlementaire très forte.

D’un côté, le président Bassirou Diomaye Faye incarne la légalité institutionnelle et les prérogatives constitutionnelles attachées à sa fonction. De l’autre, Ousmane Sonko, fort de son poids politique et de sa majorité parlementaire, contrôle désormais l’Assemblée nationale avec 130 députés acquis à sa cause.

Cette situation politique exceptionnelle soulève plusieurs interrogations sur l’équilibre des pouvoirs, la gestion des rapports entre institutions et l’avenir de la gouvernance politique au Sénégal.

Une démocratie solide ne repose pas uniquement sur les textes constitutionnels. Elle s’appuie également sur les pratiques républicaines, le respect mutuel entre institutions, la concertation politique et la préservation des équilibres démocratiques.

Le président de la République, garant de la Constitution, demeure aussi le garant du bon fonctionnement des institutions et de la stabilité démocratique du pays.

Mamadou Camara

Journaliste – Communicant

Kaolack

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