Lors des précédentes joutes électorales au Sénégal, les questions du parrainage et de la double nationalité avaient failli empoisonner le climat politique. Si le débat sur le parrainage a connu plusieurs évolutions, celui de la double nationalité demeure entier.
Au sein de la classe politique, deux questions méritent d’être tranchées. La première concerne la possibilité, pour une personne disposant d’une double nationalité, de prétendre aux plus hautes fonctions de l’État : président de la République, Premier ministre, ministre, député ou encore maire.
Comment peut-on vouloir diriger des Sénégalais qui, pour la grande majorité, ne possèdent que la nationalité sénégalaise, tout en conservant une autre nationalité ? La souveraineté, souvent invoquée dans le débat public, devrait aussi commencer par cette réflexion.
Beaucoup estiment que plusieurs responsables politiques détiendraient une double, voire une triple nationalité. Si cela est avéré, la question mérite d’être débattue avec sérénité et transparence. Pour certains citoyens, cette situation peut être perçue comme un manque de considération envers ceux qui n’ont que la nationalité sénégalaise et qui leur confient pourtant les plus hautes responsabilités.
Il est également souvent reproché à certains anciens dirigeants de quitter définitivement le pays, une fois leurs fonctions terminées, pour s’installer à l’étranger avec leurs familles. Cette réalité alimente le sentiment d’un décalage entre les dirigeants et les citoyens qui les ont élus.
N’est-il pas paradoxal de vouloir diriger un pays ou une collectivité locale dont les citoyens ne disposent que d’une seule nationalité, alors que leurs dirigeants pourraient en détenir deux ou trois ?
Le Sénégal, comme de nombreux pays africains, gagnerait à ouvrir un débat national, apaisé et responsable, sur cette question. Parlementaires, universitaires, autorités étatiques, juristes et citoyens ont tous leur mot à dire. Au-delà des passions politiques, c’est une réflexion sur la conception de la citoyenneté, de la souveraineté et de l’engagement envers la Nation qui mérite d’être menée.
Le débat est ouvert.
Mamadou Camara
Journaliste – Communicant
Kaolack
