À l’approche des prochaines échéances électorales, une question mérite d’être posée sans détour : les influenceurs politiques qui prospèrent sur la polémique et la désinformation ont-ils encore une réelle emprise sur l’opinion publique sénégalaise ?
Entre 2023 et 2024, le Sénégal a traversé des séquences politiques intenses, parfois tendues, mais profondément instructives. De ces moments est née une prise de conscience collective. Les citoyens ont appris, observé, analysé. Ils se sont, pour beaucoup, éveillés à la complexité du jeu politique et aux mécanismes de manipulation de l’information.
Dès lors, peut-on encore croire à l’efficacité des anciennes stratégies communicationnelles fondées sur le dénigrement systématique, la rumeur ou l’attaque ciblée contre des figures politiques et religieuses ? Rien n’est moins sûr.
Aujourd’hui, une partie de ces influenceurs semble avoir perdu ce qui faisait leur force : la crédibilité. À mesure que leur discours se répète et que leurs méthodes deviennent prévisibles, leur audience s’érode. L’opinion publique, plus avertie, perçoit de mieux en mieux les logiques d’intérêt, voire les motivations financières qui peuvent sous-tendre certaines prises de parole.
Il devient alors difficile pour ces acteurs de continuer à orienter les citoyens comme par le passé. Le chantage médiatique, les campagnes de déstabilisation ou encore les narratifs construits pour servir des agendas particuliers apparaissent de plus en plus comme ce qu’ils sont : des tentatives d’instrumentalisation.
Cette évolution marque peut-être la fin d’un cycle.
Face à cela, une nouvelle génération de journalistes, de chroniqueurs et d’analystes émerge. Mieux formée, plus rigoureuse, souvent plus attachée à l’éthique de l’information, elle contribue à réhausser le niveau du débat public. L’exigence citoyenne, elle aussi, s’est accrue : les Sénégalais veulent comprendre, vérifier, confronter les sources.
Cela ne signifie pas que toute influence a disparu. Mais elle change de nature. Elle devient plus diffuse, plus exigeante, et surtout plus contrôlée par un public devenu critique.
Dans ce contexte, persister dans la manipulation, la désinformation ou l’attaque gratuite n’est plus seulement inefficace : c’est contre-productif. Cela expose leurs auteurs à une perte durable de crédibilité et à un rejet croissant de la part de la population.
Le message est clair : le Sénégal d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Les citoyens ne sont plus des spectateurs passifs. Ils sont des acteurs conscients, attentifs et responsables.
Et dans une démocratie vivante, aucune stratégie de communication, aussi agressive soit-elle, ne peut durablement prospérer sans la confiance du peuple.
Mamadou Camara, journaliste
Kaolack
