Il existe une vérité brutale en politique : tant que vous êtes au pouvoir, les fidélités semblent nombreuses ; lorsque vous le quittez, les masques tombent.
Présider la République, c’est être entouré, applaudi, défendu, encensé. Mais que reste-t-il de tous ces soutiens lorsque le pouvoir disparaît ? C’est souvent quelques années plus tard que l’on découvre ceux qui croyaient réellement en vous et ceux qui ne croyaient qu’aux avantages liés à votre position.
À observer les recompositions politiques intervenues depuis la fin du magistère de Macky Sall, une question mérite d’être posée sans détour : l’ancien président ne serait-il pas l’un des hommes politiques les plus trahis de l’histoire politique récente du Sénégal ?
Hier, certains de ceux qui chantaient ses louanges, défendaient chacune de ses décisions et se présentaient comme ses inconditionnels semblent aujourd’hui avoir effacé jusqu’à son nom de leur vocabulaire politique. Ceux qui occupaient le devant de la scène pour le défendre sont parfois devenus silencieux. D’autres ont changé de camp, de discours et parfois même de convictions avec une étonnante facilité.
La politique serait-elle donc devenue l’art de renier hier pour mieux exister aujourd’hui ?
Il faut pourtant reconnaître une chose : lorsque le pouvoir était entre ses mains, certains se présentaient comme de véritables « défenseurs de Macky ». Ils parlaient en son nom, combattaient ses adversaires, mobilisaient les militants et occupaient les espaces médiatiques pour défendre son bilan et son action.
Mais après la perte du pouvoir, les comportements ont changé.
Et c’est précisément là que commence le véritable examen de conscience.
Ceux qui ont juré fidélité à Macky Sall lorsqu’il était président, puis l’ont abandonné lorsque le rapport de force politique s’est inversé, peuvent-ils réellement avoir la conscience tranquille ?
La question n’est pas de demander à quelqu’un de rester éternellement prisonnier d’un parti ou d’un homme. En démocratie, chacun est libre de changer d’orientation, de rejoindre une autre formation et de défendre de nouvelles convictions.
Mais il y a une différence fondamentale entre changer démocratiquement de camp et renier ceux que l’on défendait hier avec une ferveur absolue.
Le problème n’est donc pas le changement politique en lui-même. Le problème, c’est l’opportunisme permanent, cette capacité de certains acteurs à transformer leurs convictions au gré des vents politiques.
L’histoire politique du Sénégal devrait pourtant servir de leçon.
Elle enseigne que le pouvoir est éphémère, que les postes passent, que les privilèges disparaissent et que les entourages se recomposent. Celui qui est applaudi aujourd’hui peut être oublié demain. Celui qui est considéré comme incontournable peut devenir, quelques années plus tard, un simple spectateur de la nouvelle scène politique.
Et c’est peut-être maintenant que certains commencent à comprendre que la véritable fidélité ne se mesure pas lorsque tout va bien, mais lorsque le pouvoir n’est plus là pour distribuer les positions.
Si l’histoire finit par donner raison à certains choix ou certaines alertes de Macky Sall, une autre question restera posée : où seront ceux qui, hier encore, se proclamaient ses plus grands défenseurs ?
Aux nouvelles générations politiques, cette séquence devrait inspirer davantage de prudence.
Ne jamais confondre foule et fidélité. Ne jamais confondre applaudissements et conviction. Ne jamais prendre les louanges pour une preuve d’engagement.
Car autour du pouvoir, beaucoup savent chanter.
Très peu savent rester.
Et lorsque le pouvoir s’en va, le silence des anciens laudateurs peut parfois être plus révélateur que leurs discours d’hier.
La politique ne devrait pas être seulement une quête de postes. Elle devrait aussi être une affaire de conviction, de loyauté, de responsabilité et de mémoire.
À ceux qui exercent le pouvoir aujourd’hui, qu’ils se souviennent de cette leçon : observez moins ceux qui vous applaudissent lorsque vous êtes au sommet et davantage ceux qui restent debout lorsque vous redescendez.
Mamadou Camara @Journaliste
Kaolack
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