Au Sénégal, le paysage médiatique et communicationnel connaît depuis quelques années une profonde mutation. La montée en puissance des réseaux sociaux a fait émerger une nouvelle génération d’acteurs : activistes, influenceurs, créateurs de contenus et TikTokeurs. Leur présence dans l’espace public est devenue incontournable.
Mais une question mérite aujourd’hui d’être posée : jusqu’où doivent-ils occuper une place qui relève normalement du travail des professionnels de la communication et du journalisme ?
Sur le terrain, il est de plus en plus fréquent de voir des personnalités politiques, des responsables publics et même certains garants de nos institutions entourés, dans leurs activités officielles ou politiques, de ces nouveaux acteurs de la communication numérique.
Dans certains ministères et directions générales, ils apparaissent régulièrement aux côtés des responsables, parfois au premier plan. Pourtant, dans ces mêmes structures, des journalistes, des attachés de presse, des chargés de communication et des professionnels formés dans de grandes écoles de journalisme et de communication sont disponibles.
Pourquoi ne pas leur faire davantage confiance ?
La communication institutionnelle n’est pas un jeu
Sous les précédents régimes, malgré les divergences politiques et les critiques que l’on pouvait formuler, les professionnels affectés dans les ministères et directions générales avaient généralement pour mission de produire une information institutionnelle structurée, vérifiée et présentée selon les règles du métier.
La communication officielle obéissait à certaines exigences : hiérarchisation de l’information, vérification des faits, qualité des images, maîtrise du langage institutionnel et respect de l’image de l’État.
Aujourd’hui, l’impression qui se dégage parfois est différente.
Parce que les réseaux sociaux sont devenus puissants, certains responsables semblent considérer qu’une vidéo tournée rapidement au téléphone, une publication instantanée ou une séquence diffusée en direct suffisent à assurer leur visibilité.
Attention au piège !
Une communication institutionnelle ne peut pas être réduite à une course aux « likes », aux partages ou aux commentaires.
Des vidéos brutes, mal cadrées, mal montées, sans contexte ou accompagnées de commentaires approximatifs peuvent rapidement produire l’effet inverse de celui recherché. Une image sortie de son contexte peut alimenter une polémique. Une phrase mal présentée peut devenir virale. Une séquence mal interprétée peut fragiliser l’image d’une personnalité ou même d’une institution.
Les réseaux sociaux ne remplacent pas les professionnels
Il ne s’agit nullement de rejeter les réseaux sociaux. Ils constituent aujourd’hui des outils puissants de diffusion et d’information.
Mais un outil ne remplace pas un métier.
Un influenceur n’est pas nécessairement un journaliste. Un TikTokeur n’est pas automatiquement un communicant. Un activiste n’a pas forcément la formation, la déontologie ou la responsabilité éditoriale d’un professionnel des médias.
Ces profils peuvent parfaitement contribuer à la communication publique lorsqu’ils sont encadrés et que leur rôle est clairement défini. Mais leur présence ne devrait pas conduire à marginaliser les professionnels déjà en poste dans les institutions.
Car derrière chaque communication officielle, il y a une responsabilité.
Une question de compétences… mais aussi de confiance
Face à cette situation, deux hypothèses peuvent être posées.
Soit certains responsables politiques et institutionnels sous-estiment aujourd’hui le rôle des médias classiques et des professionnels de la communication.
Soit ils privilégient des relations personnelles, amicales ou politiques au détriment des compétences disponibles dans leurs propres structures.
Dans les deux cas, le résultat peut être préoccupant.
À force de privilégier l’amateurisme, la communication institutionnelle risque de devenir une source permanente de polémique. Chaque jour, des séquences circulent, sont commentées, détournées et parfois utilisées pour attaquer des personnalités ou des institutions.
Garants des institutions, revoyez vos staffs !
Le Sénégal dispose d’excellents journalistes et communicants. Beaucoup ont été formés dans des écoles et instituts spécialisés. Certains possèdent plusieurs années d’expérience dans la presse, la communication publique et institutionnelle.
Ils connaissent les règles du métier.
Ils savent qu’une image officielle n’est jamais anodine. Qu’un communiqué engage une institution. Qu’une interview nécessite une préparation. Qu’une information doit être vérifiée. Qu’une communication de crise exige de la maîtrise et de la responsabilité.
Garants de nos institutions, faites confiance à vos professionnels !
Les réseaux sociaux peuvent amplifier votre visibilité, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, construire durablement votre crédibilité.
La visibilité est une chose. L’image, la réputation et la crédibilité institutionnelle en sont une autre.
Il est donc temps de revoir certains dispositifs de communication, de valoriser les compétences disponibles au sein de l’administration et de replacer le professionnalisme au cœur de la communication publique.
La communication n’est pas un jouet. Elle engage une personne, une administration et parfois l’image de tout un État.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
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