Sérigne Guèye Diop face aux attentes : l’industrie sénégalaise sous le feu de questions

Depuis quelque temps, j’observe avec inquiétude l’action du ministre de l’Industrie. Plus le temps passe, plus les annonces se multiplient, tandis que les résultats concrets tardent à se matérialiser.

La campagne arachidière a laissé un goût amer à de nombreux producteurs. Alors que l’amont semblait avoir été préparé, la phase de commercialisation a suscité de nombreuses critiques. Beaucoup de paysans ont eu le sentiment d’être livrés à eux-mêmes, jusqu’à l’intervention du Premier ministre pour tenter de redresser la situation. La relance de la SONACOS a également donné l’impression que l’impulsion décisive provenait d’autres niveaux de l’État.

Pendant ce temps, les promesses continuent de s’accumuler. Les 1 000 magasins SONADIS annoncés restent difficiles à identifier sur le terrain. Les conférences de presse se succèdent, mais de nombreux Sénégalais attendent encore des réalisations visibles. Gouverner ne peut se limiter à une succession d’annonces ; les citoyens attendent des résultats mesurables.

À Louga, les 10 milliards de francs CFA annoncés pour la relance de PI-TEXTILE continuent de susciter des interrogations. Plus de deux ans après ces annonces, l’usine poursuit ses activités grâce à ses propres efforts, tandis que l’avenant administratif attendu tarde toujours à être finalisé. Derrière ce dossier se trouvent pourtant des milliers d’emplois potentiels et l’espoir d’une jeunesse confrontée au chômage et à l’émigration.

Je m’interroge également sur les critères qui président à l’accompagnement de certaines entreprises. Pourquoi certaines semblent-elles avancer rapidement, tandis que d’autres peinent à franchir les obstacles administratifs ? Les Sénégalais sont en droit d’attendre une transparence totale sur les partenariats conclus, les avantages accordés et les choix opérés par les pouvoirs publics.

L’implantation de nouvelles entreprises, notamment à Sandiara, considéré comme le fief politique du ministre, mais aussi à Diamniadio et dans d’autres zones stratégiques, mérite également un examen attentif afin de mieux comprendre les mécanismes de sélection et d’accompagnement.

Autre sujet d’interrogation : qu’en est-il des volontaires mobilisés pour le contrôle des prix ? Ces jeunes avaient été présentés comme des acteurs essentiels de la lutte contre la vie chère. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent sur leur situation, leurs conditions de travail, leur encadrement, leur rémunération éventuelle et le bilan réel de leur mission. Les Sénégalais méritent d’être informés sur l’avenir de cette initiative.

Une enquête journalistique sérieuse, des investigations indépendantes et le travail des organes de contrôle permettraient d’apporter des réponses aux nombreuses questions que se posent les citoyens : selon quels critères ces décisions sont-elles prises ? À qui profitent réellement ces projets ? L’intérêt général demeure-t-il la priorité dans chaque décision publique ?

Dans une démocratie, poser des questions ne signifie pas accuser. Demander des explications ne revient pas à condamner. La transparence protège les responsables intègres et permet, le cas échéant, de mettre en lumière d’éventuelles irrégularités.

Mon équipe poursuivra ses investigations avec une seule ligne de conduite : les faits, rien que les faits. Si tout est conforme aux règles, ce sera une bonne nouvelle pour la République. Si des dysfonctionnements ou des irrégularités sont établis par des éléments vérifiables, les Sénégalais ont le droit d’en être informés.

 

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